Étude sur les plastiques sur le Camí de Cavalls

Nous avons étudié la présence de plastiques sur le Camí de Cavalls afin d’identifier leur répartition et leurs origines, et ainsi orienter des actions efficaces.

Chez 40 Nord Outdoor S.L., nous travaillons depuis des années pour que le Camí de Cavalls soit bien plus qu’un itinéraire pour marcher ou pédaler : nous le concevons comme un espace naturel et patrimonial qu’il faut connaître, respecter et préserver. C’est précisément pour cela que la présence de déchets — et en particulier de plastiques — nous préoccupe autant, tant pour son impact environnemental que pour ce qu’elle révèle de notre relation au territoire. Ces dernières années, nous avons organisé des sorties périodiques de collecte de plastiques, et nous avons également adhéré à l’engagement Plastic Free Menorca.

Nous présentons aujourd’hui une étude sur la présence de déchets plastiques, réalisée avec l’accompagnement de Plastic Free Menorca Alliance. Avec cette étude, nous avons voulu aller plus loin : disposer de données propres, collectées sur le terrain, pour mieux comprendre où les déchets se concentrent, quels types de déchets il s’agit et pourquoi ils apparaissent à certains endroits et pas à d’autres.

Le résultat n’est pas seulement une photographie de la situation, mais une base utile pour orienter des actions réalistes : sensibilisation, gestion et conservation tout au long du tracé. Et, surtout, pour concentrer les efforts là où se situe réellement le problème.

Détails de l’étude

Le travail de terrain a été réalisé entre le 15 et le 31 juillet 2025 par une équipe de 4 personnes. Il a consisté à parcourir les 185 kilomètres du Camí de Cavalls et à géolocaliser et photographier tous les déchets rencontrés. Ensuite, le travail a été complété par la numérisation, l’organisation et l’analyse des données jusqu’en janvier 2026.

Pour rendre l’étude gérable, nous avons divisé le Camí de Cavalls en :

  • 32 sous-tronçons pour les journées d’échantillonnage (conçus en fonction des accès et du temps de parcours).
  • 97 sous-tronçons pour l’analyse (définis selon l’environnement, le type d’usager, la fréquentation et les origines possibles des déchets).

Les déchets ont été enregistrés individuellement et géolocalisés, avec photographies et coordonnées. Cependant, dans les zones urbaines, le long des routes et surtout sur certains points du littoral présentant de fortes accumulations ou des microplastiques, il n’a pas toujours été possible d’enregistrer la présence des déchets avec précision, tant en raison de leur quantité énorme que de leur typologie. Dans ces zones, les données de l’étude doivent être interprétées avec prudence. En revanche, sur les tronçons de sentier naturel sans forte concentration de déchets, l’enregistrement a pu être réalisé de manière beaucoup plus rigoureuse et exhaustive.

De quoi dépend l’accumulation des déchets ? Clés : l’environnement et l’usage

L’étude met en évidence un schéma très régulier : la concentration de déchets ne dépend pas seulement du nombre de personnes qui passent, mais surtout du type d’environnement et du type d’usage. Pour le comprendre, nous avons classé les tronçons selon la densité de déchets :

CONCENTRATION NULLE : sans déchets.

  • Usagers les plus fréquents : Randonneur/cycliste en itinérance.
  • Environnement : Forêt/maquis/champs.

CONCENTRATION FAIBLE : un déchet tous les 997 mètres en moyenne.

  • Usagers les plus fréquents : Randonneur/cycliste en itinérance.
  • Environnement : principalement Forêt/maquis/champs, parfois près de Crique/plage/falaise.
  • Origine : surtout Usagers des sentiers, et dans des cas ponctuels Activités agro-pastorales.

CONCENTRATION MOYENNE : un déchet tous les 168 mètres en moyenne.

  • Usagers les plus fréquents : Randonneur/cycliste en itinérance, Marcheurs occasionnels et Usagers des plages.
  • Environnement : principalement Forêt/maquis/champs.
  • Origine : Usagers des sentiers et Activités agro-pastorales.

CONCENTRATION ÉLEVÉE : un déchet tous les 40 mètres en moyenne.

  • Usagers les plus fréquents : Usagers des rues et des routes et Usagers des plages.
  • Environnement : Zone urbaine et Crique/plage/falaise.
  • Origine : Voitures et usagers des rues ou Mer.

CONCENTRATION TRÈS ÉLEVÉE : moins de 10 mètres en moyenne entre les déchets.

  • Usagers les plus fréquents : Randonneur/cycliste en itinérance et Usagers des plages.
  • Environnement : Crique/plage/falaise.
  • Origine : Mer.

En considérant l’itinéraire dans son ensemble, une part importante du Camí de Cavalls relève des catégories à concentration faible ou nulle, mais il existe aussi des points où la quantité de déchets explose. Et cela nous mène à l’une des conclusions les plus importantes : une portion relativement petite du tracé concentre une part disproportionnée du problème.

Où s’accumulent le plus les plastiques ?

Les principales zones d’accumulation identifiées par l’étude sont :

  • Recoins du littoral (petites criques, falaises et points où arrivent des déchets entraînés par la mer).
  • Parkings et accès.
  • Tronçons routiers.
  • Zones urbaines.
  • Plages très fréquentées.

Dans ces environnements, le déchet ne provient presque jamais de l’itinéraire en lui-même : il existe des apports externes (marins ou urbains) et des dynamiques de séjour (personnes qui s’arrêtent, mangent, font un pique-nique, descendent à la plage, etc.). Autrement dit : il y a des points où le Camí de Cavalls « reçoit » des déchets parce qu’il est connecté à des espaces et à des usages qui les génèrent ou les accumulent.

Le littoral : quand le déchet arrive tout seul

Quelques-uns des plastiques ramassés par l’équipe de 40 Nord Outdoor au Macar de Binillautí.

L’une des conclusions les plus frappantes est que les tronçons à concentration très élevée sont, presque toujours, des tronçons dominés par des dynamiques marines. Sur le littoral, les déchets peuvent apparaître même si le passage humain est faible, car la mer agit comme vecteur de transport et d’accumulation.

Et dans les zones les plus naturelles ?

Quand on pense au Camí de Cavalls, beaucoup imaginent le tronçon « classique » : forêt, maquis et champs. Ce type d’environnement représente plus de la moitié du parcours et, en général, présente des concentrations nulles ou faibles.

L’analyse propose une estimation très parlante : sur ces tronçons ni urbains ni de plage/crique, si l’on attribue à chaque déchet 1 mètre d’impact, le parcours serait à plus de 99,8 % exempt de déchets ; si l’impact est estimé à 5 mètres par déchet (équivalent à un impact visuel), il reste à plus de 99,1 % exempt de déchets. Cela ne signifie pas qu’il n’y ait pas de déchets, mais qu’il n’existe pas de points chauds continus comme sur le littoral ou en milieu urbain ; il s’agit plutôt de déchets très dispersés, avec une répartition assez aléatoire.

Ce n’est pas seulement « combien de personnes » : c’est « quel type de personnes » (et ce qu’elles font)

L’une des conclusions de l’étude est que le type d’usager conditionne davantage la présence de déchets que l’intensité d’usage.

  • Les randonneurs et les cyclistes « en itinérance » sont majoritairement associés à des tronçons à concentration nulle ou faible, même lorsque la fréquentation est modérée ou élevée. La production directe de déchets attribuable à cet usage est, en général, faible et anecdotique.
  • Les marcheurs occasionnels apparaissent plus souvent sur des tronçons à concentration moyenne, en particulier dans les zones de transition.
  • Les usagers des plages et les usagers des rues/routes sont ceux qui s’associent aux concentrations élevées, surtout dans les environnements littoraux et urbains, où se mêlent déchets liés au séjour, apports externes et accumulations difficiles à quantifier.

Quels types de déchets sont les plus fréquents ?

Sur les tronçons typiques d’itinérance (randonnée/cyclisme), les déchets générés par les usagers du chemin sont souvent de petits plastiques (emballages entiers ou fragments, petites bouteilles, etc.) et des serviettes en papier, très dispersés et avec une répartition assez aléatoire.

En revanche, dans ces mêmes environnements naturels, apparaît un autre élément important : les déchets associés à l’activité agro-pastorale, qui tendent à être plus volumineux. Et dans les points à forte présence humaine (comme des plages vierges sans services), le papier toilette et les mouchoirs se distinguent particulièrement, pouvant atteindre des concentrations élevées.

Conclusions

Si nous devions résumer les conclusions de l’étude en quelques idées, ce seraient celles-ci :

  • L’environnement est le facteur le plus déterminant : la forêt/les champs tendent à être beaucoup plus propres ; le littoral, le milieu urbain et les routes concentrent le problème.
  • Le profil d’usage est clé : « être en itinérance » génère peu de déchets ; l’usage de séjour (plages) et la connexion avec des tronçons urbains et des routes augmentent la pression et les déchets.
  • Les principaux points noirs n’ont pas de lien avec l’itinéraire en lui-même, mais avec des déchets qui arrivent par la mer, des dynamiques urbaines, des accès et des parkings.
  • Des actions bien ciblées peuvent avoir un impact réel, car une faible distance et des points très précis concentrent une grande partie des déchets. Orienter les interventions là où se situe le problème serait la clé pour obtenir un Camí de Cavalls avec moins de déchets.

Chez 40 Nord Outdoor S.L., nous avons porté cette étude précisément pour cela : passer de la perception à l’évidence, et de l’évidence à des mesures cohérentes avec l’avenir que nous voulons pour Minorque et le Camí de Cavalls. Le défi, désormais, est de transformer ces conclusions en actions partagées : entre entités, administrations, secteur touristique et, surtout, les personnes qui aiment l’île et la parcourent.

Étude sur la présence de plastiques sur le Camí de Cavalls (en catalan)